NOTE IMPORTANTE : Compte tenu du caractère récent de la recommandation de la CNIL, cet article reflète, à notre connaissance, l’état le plus précis des interprétations et pratiques applicables au suivi des emails (pixels et liens traçants). Nous restons attentifs aux évolutions et ne manquerons pas de mettre à jour ce contenu en cas de nouvelles précisions ou d’interprétations complémentaires. Nous vous invitons également à consulter notre FAQ dédiée
La recommandation CNIL sur les pixels de tracking email a fait réagir beaucoup d’équipes marketing. Certains y voient une remise en cause complète du pilotage des campagnes. D’autres pensent que cela ne change rien. La réalité est plus nuancée — et surtout plus intéressante. Ce que la CNIL impose, ce n’est pas d’arrêter le tracking. C’est de mettre de la clarté là où, jusqu’ici, beaucoup de pratiques reposaient sur des raccourcis.
Pour les équipes marketing B2B, cela se traduit par une évolution structurante : distinguer ce qui relève de la délivrabilité de ce qui relève du marketing, et savoir quand un consentement spécifique au pixel est nécessaire indépendamment du consentement à recevoir des emails.
Un pixel de tracking n’est pas une simple image invisible. C’est un mécanisme technique qui déclenche une requête vers un serveur et permet de collecter des informations sur l’ouverture, le terminal et le contexte de lecture.
Sur ce point, la CNIL ne fait pas cavalier seul : elle s’aligne sur les lignes directrices 2/2023 du Comité européen de la protection des données (octobre 2024), qui ont confirmé que le pixel email relève bien de l’article 5.3 ePrivacy — et donc, en France, de l’article 82 de la loi Informatique et Libertés.
Le pixel est désormais traité comme un traceur, au même titre qu’un cookie. Son utilisation entre dans un cadre juridique précis, qui dépend de la finalité poursuivie.
À noter : la recommandation CNIL n’est ni réglementaire ni exhaustive — c’est la CNIL elle-même qui le précise. Elle explicite l’application de l’article 82 aux pixels. Mais les contrôles, eux, sont bien annoncés.
La recommandation a été publiée le 14 avril 2026 et prévoit une période de transition de trois mois pour les bases existantes.
Échéance opérationnelle : mi-juillet 2026. C’est à partir de cette date que les contrôles CNIL sont annoncés. Ce n’est pas un couperet contentieux — plutôt une borne pour cadrer les chantiers en interne.
La recommandation introduit une séparation très nette entre deux types d’usages.
D’un côté, les usages techniques, indispensables au bon fonctionnement des campagnes. De l’autre, les usages marketing, qui visent à analyser ou optimiser la performance.
La CNIL maintient une exemption pour la mesure individuelle de la délivrabilité, ciblée sur un objectif précis :
Mais cette exemption est encadrée. Pour en bénéficier, trois conditions cumulatives doivent être respectées :
C’est un point souvent mal lu : “délivrabilité” au sens CNIL ne couvre pas tout ce que le marketing range parfois sous ce mot. Optimiser l’engagement individuel, ajuster la fréquence pour ceux qui ouvrent beaucoup, alimenter un score : cela relève du marketing, pas de la délivrabilité.
Dès que le pixel est utilisé pour analyser ou optimiser la performance marketing, on change de régime. Un consentement spécifique est requis lorsque les données issues du pixel servent à :
Ce qui change, ce n’est pas la donnée en elle-même — c’est la finalité poursuivie.
C’est probablement le message le plus structurant de la recommandation, et le plus utile à intégrer dans les pratiques :
Le consentement à recevoir des emails ne couvre pas le tracking.
Concrètement :
Cette distinction simplifie en réalité les choses : elle évite les confusions sur ce qui est couvert ou non par les consentements existants.
Pendant longtemps, le taux d’ouverture a été utilisé comme un indicateur central :
Aujourd’hui, ces usages doivent être encadrés.
À noter aussi : depuis 2021, Apple Mail Privacy Protection a déjà profondément faussé la fiabilité du taux d’ouverture. Plusieurs études (Omeda, notamment) ont mesuré un bond des ouvertures Apple de 22 % à 29 % après iOS 15 — sans corrélation avec un engagement réel.
Autrement dit : la métrique sur laquelle beaucoup de scénarios reposent était déjà partiellement corrompue. La recommandation CNIL est une occasion d’accélérer une transition que les équipes les plus mûres avaient déjà engagée.
La CNIL ne demande pas de repartir de zéro. Pour les adresses collectées avant la publication, elle prévoit un régime transitoire.
Pendant la période de transition (jusqu’à mi-juillet 2026), les opérations pixel peuvent continuer, à condition d’envoyer aux destinataires une information claire et accessible, et de leur permettre de s’opposer aux usages soumis à consentement.
Au-delà de cette période, il faut être passé à un régime stable :
L’opposition seule n’est donc pas une solution pérenne pour les usages soumis à consentement — c’est un sas. L’enjeu pratique des prochains mois, c’est d’organiser la bascule.
Bonne nouvelle pour les équipes qui s’y mettent maintenant : l’approche est progressive. Il s’agit d’ajuster les pratiques, pas d’interrompre l’activité.
Côté automation, l’impact dépend des signaux utilisés dans vos scénarios.
Si vos parcours reposent sur des actions explicites comme :
alors vous n’êtes pas dans le périmètre du pixel. Ces scénarios restent pleinement exploitables dans leur fonctionnement actuel.
Dès qu’un scénario repose sur l’ouverture des emails, la logique change. C’est notamment le cas :
Dans ces situations, le pixel sert une finalité marketing — et nécessite un consentement.
Dans les faits, beaucoup d’équipes faisaient déjà évoluer leurs pratiques : moins de dépendance au taux d’ouverture, plus de scénarios basés sur les clics et les actions réelles. Ce n’est pas qu’une contrainte réglementaire — c’est aussi une amélioration de la qualité des indicateurs.
Les emails transactionnels (confirmation, notification, rappel, facture, expédition de colis…) restent peu impactés sur l’envoi. Ils sont liés à un service demandé par l’utilisateur et ne nécessitent pas de consentement à ce titre.
Côté pixel, deux cas de figure :
Le point de vigilance pratique : éviter de greffer des logiques marketing avancées sur des envois transactionnels sans avoir prévu le recueil du consentement adéquat en amont (par exemple, à la création de compte).
La recommandation pousse à traiter le sujet dès la collecte de l’email. C’est la voie privilégiée par la CNIL, et la plus simple opérationnellement.
Vos formulaires doivent indiquer clairement :
Une formulation simple et compréhensible suffit, à condition d’être précise. La CNIL fournit dans sa recommandation des intitulés-modèles directement utilisables pour chaque finalité — inutile de partir d’une page blanche.
À prévoir aussi : un lien de retrait du consentement pixel en pied d’email, distinct du désabonnement classique de la liste. Et une preuve individualisée du consentement (horodatage, version du texte affiché, conditions de recueil) — c’est une obligation directe du RGPD que la CNIL rappelle ici.
En B2B, il reste possible d’envoyer des emails de prospection dans certains cadres. Mais la recommandation introduit une distinction importante : le droit d’envoyer un email ne signifie pas automatiquement le droit de tracker son comportement.
Pour s’y retrouver, deux niveaux de lecture utiles :
Prudence toutefois : une adresse d’apparence générique utilisée en pratique par une seule personne identifiable peut être requalifiée. Le critère, c’est l’identification d’une personne physique, pas le préfixe.
Pour une adresse nominative B2B :
Bonne nouvelle pratique : la CNIL admet un consentement unique couvrant à la fois la prospection et les usages pixel connexes (personnalisation du contenu, adaptation de la fréquence dans le cadre d’une prospection personnalisée). Pas besoin de multiplier les cases à cocher — il faut juste que l’information soit claire.
Plusieurs acteurs du marché communiquent sur des solutions de “pixel anonyme” présentées comme des voies de contournement du consentement.
Sur ce sujet, la lecture de la recommandation est claire : la CNIL n’a pas repris pour le pixel email l’exemption “mesure d’audience statistique” qui existe pour les cookies. Ce n’est pas un oubli — c’est un choix doctrinal assumé.
Ce qui ne signifie pas que toute analyse agrégée est interdite : la réutilisation de données effectivement anonymisées, après collecte sous une finalité valide, reste possible. Mais la collecte initiale par un pixel “anonyme” sans consentement n’est, en l’état de la recommandation, pas une voie sécurisée.
À garder en tête face aux argumentaires commerciaux qui survendent ces solutions.
La recommandation CNIL ne remet pas en cause l’email marketing. Elle pousse surtout à clarifier les usages et à mieux structurer les pratiques.
Trois lignes d’action concrètes pour les prochains mois :
Les équipes qui s’adaptent sécurisent leurs dispositifs, améliorent la qualité de leurs données, et gagnent en lisibilité. Dans un environnement de plus en plus encadré, c’est un avantage concret.
Afin de vous aider à mieux comprendre ce que vous pouvez faire et ne pas faire voici un tableau des usages au regard de la recommandation de CNIL sur la phase transitoire de 3 mois concernant les bases existantes ayant été informées.